Le sujet



L’ethnologue Marie-José Tubiana a 88 ans et la vie devant elle. Mais pas la sienne. Celle de jeunes hommes et de femmes venus du Darfour qui défilent dans son appartement alors que rien ne les destinait à échouer si loin de chez eux et si nombreux. Ils viennent d’une région aussi belle que meurtrie, dont nous ne savons presque rien et dont elle sait presque tout. Son savoir s’avère être un atout indispensable autant pour leur demande d’asile que pour retrouver leur humanité.



Jeune ethnologue passionnée d’Afrique, Marie-José Tubiana sillonne entre 1965 et 1978 les pistes du Darfour, région montagneuse et luxuriante située à l’Ouest du Soudan. Les hommes et les femmes y vivent alors en paix. Ils sont bergers, forgerons ou agriculteurs. Ils dansent, se marient et meurent, jouant le théâtre de leur vie selon des mises en scène bien établies, joyeuses et teintées d’un islam doux. Marie-José est là, à côté d’eux, chez eux, profitant pendant de longs mois et à de nombreuses reprises d’une hospitalité quasi sacrée.


Elle les observe, les photographie et les filme avec sa caméra Paillard 16 mm aussi discrètement et sérieusement que possible. Son méticuleux travail scientifique, le sens esthétique et la rigueur de composition de ses images rappellent celles d’un Henri Cartier-Bresson ou d’un Jean Rouch. Marie-José partageait la salle de montage de celui-ci au musée de l’Homme. Ses travaux constituent la documentation la plus riche sur les peuples du Darfour. Ses observations, rapportées jour après jour dans un style vif et curieux, se retrouvent dans ses Carnets de Route au Darfour. Qu’ils soient de l’ethnie Masalit, Four, Zaghawa, Berti ou Tundjur, tous ont un jour croisé cette jeune femme qui débarquait dans leur village sans que personne ne sache comment elle était arrivée jusqu’ici ni pourquoi.


Aujourd’hui, plus de cinquante ans après son premier voyage d’étude, ce n’est plus elle qui va au Darfour, c’est le Darfour qui vient à elle. Ce sont eux - les bergers Zaghawa ou les paysans Masalit - qui débarquent chez elle, dans son appartement parisien. Mais eux ne sont malheureusement pas arrivés ici sans que l’on sache comment ni pourquoi.


Ils fuient la guerre et le génocide dont ils sont victimes depuis une quinzaine d’années et qui ne semblent jamais vouloir s’arrêter. Le chef du régime militaire de Khartoum, le maréchal Omar el-Béchir, a beau avoir été condamné en 2010 par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, celui-ci est toujours au pouvoir.


Depuis 2005, Marie-José Tubiana a vu frapper à sa porte plus de trois cents exilés du Darfour venus demander l’asile politique à la France, en ayant souvent le plus grand mal à l’obtenir malgré l’évidence de leur détresse. Notre pays accorde normalement l’asile politique aux victimes de génocide mais l’administration part toujours du principe que le requérant ment sur son origine et son histoire. Seule Marie-José peut authentifier, forte de ses années de recherche, les origines et les parcours des rescapés qui frappent à sa porte, et mettre en forme, avec le sceau de son expertise, la véracité de leur récit. Dernier recours avant l’errance d’une vie clandestine ou le péril mortel d’une reconduite au Soudan, cette conversation avec Marie-José condense pour chaque réfugié l’alternative binaire entre la vie et l’impasse. C’est cette lutte pour le droit à l’asile, synonyme de survie, qui constitue le point de départ du film.



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